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En immersion discrète au 16 rue de la Loi

De 16 Jan.jpgScénariste et professeur, Willem Wallyn a eu l’occasion de tester de nombreux styles de séries.
"Script doctor" en Belgique et en France (sur des séries comme "Bevergem" ou Beau Séjour attendue prochainement sur Arte), il a l’habitude d’intervenir sur les scénarios d’autres auteurs. Un rôle périlleux qui consiste le plus souvent à faire des coupes sévères ou des corrections "dans les textes des autres". Peu de séries en Flandre ne sont pas passées entre ses mains.

"C’est en tant que script doctor que Wouter Verschelden (ex-journaliste du Standaard, NdlR) est venu me voir avec l’idée de ‘De 16’ mais je ne pouvais pas travailler sur cette série car j’avais une vision personnelle de cette histoire. Je lui ai dit : la seule chose que je peux faire, c’est prendre ton idée et l’écrire moi-même. Et je veux écrire seul de peur que mon idée ne soit diluée." Il faut dire que Willem Wallyn, fils de Luc (SP) est tombé dans la politique belge quand il était tout petit…

En résulte une vision sans façon au plus près des hommes et de leurs contradictions à découvrir dès ce soir à 20h30 sur Be1. De 16**, série produite par la VRT (Canvas), explore la vie dans les cabinets politiques qui, tous, rêvent d'entrer au 16 rue de La Loi.

Willem Wallyn, élevé dans un cabinet

de 16 bureau.jpg"La vision de Wouter était celle d’un journaliste alors que moi, je connais bien les cabinets de l’intérieur. Il y avait cette couche qui manquait et il voulait que cela devienne une série. Wouter était d’accord pour dire qu’il n’était pas scénariste. Et moi j’avais besoin de lui car il connaît bien tout ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, on ne peut plus imaginer une série sans cette composante."
Willem Wallyn a donc écrit des mini-épisodes spécifiques pour certains sites ("Het Belang van Limburg", "Studio Brussel", etc.) "Avec l’équipe, on a pu improviser sur des thèmes qu’on n’avait pas la place de mettre dans les six épisodes de la série."

Cette série politique est une expérience unique. "J’ai écrit très vite : en six semaines. La dernière version du scénario date de septembre 2015." Le dossier a été introduit au VAF (Vlaams Audiovisueel Fonds) en novembre, les aides sont tombées en mars mais entre-temps, Wallyn avait déjà reçu le feu vert budgétaire de la VRT et du Tax Shelter.

La politique : un duel verbal avant tout

de 16 Dirk.jpg"J’ai pris le risque de tourner en février car Jan (Hammenecker, NdlR) n’était libre qu’à ce moment-là et c'est lui que je voulais. Pour la première fois de sa vie, il doit parler très rapidement. Il s’est entraîné à le faire. Dans ce monde-là, on parle énormément. L’idée de départ est que chaque scène est un duel et l’arme, c’est la langue. Cela m’a guidé dans l’écriture. Et cela a représenté un beau défi pour Jan car j’ai fait beaucoup de plans séquences assez longs" représentant jusqu’à 8 minutes de dialogues…

Sur la question du ton utilisé, il y a eu débat, reconnaît Willem Wallyn.
"Wouter voulait que ce soit plutôt du West Wing ou C’est arrivé près de chez vous version 2015 et je voulais me rapprocher de la patte de The Office. De ma part, c’était aussi une petite attaque contre la presse. Car tout ce qu’ils font dans les cabinets, c’est pour être dans la presse ou pour lui plaire. J’ai assisté à des réunions ‘tweets du matin’ dont le but est celui-là. Les dilemmes de ‘The West Wing’ ne correspondent pas à la vie d’un cabinet. Tout y est improvisé, on règle les problèmes à mesure qu’ils se présentent, cela donne lieu à plus de comédie et c’est très réaliste."

La preuve ? "Lorsqu’on a présenté la série au Parlement, on a pu voir que les politiques et leurs assistants se reconnaissaient dans les situations montrées car ils en riaient. Les journalistes politiques flamands ont bien aimé. Et ils savent que j’ai beaucoup de respect pour la politique car ma famille y est très impliquée. Ce n’est pas une vengeance, je connais bien le milieu donc je peux en rire. En même temps, on voulait éviter de sombrer dans le compromis car le public n’aime pas les séries tièdes ou ‘fast food’ qui ne prennent pas parti. J’ai fait mon plat à moi et personne n’est intervenu. C’était la première fois."

Cette liberté peut effrayer… "Canvas avait peur mais ils avaient très envie de faire la série. Ils avaient lu un épisode et la bible. Et puis, je leur avais dit que je ne voulais pas trop d’argent pour rester libre, justement."

Liberté sur la forme et sur le fond

D’où le choix de tourner entièrement la série avec un iPhone. "Je voulais que l’image soit belle quand ils mentent et qu’elle soit chaotique dans le réel. Enfin, ça, c’est la réflexion sur la forme : la façon de filmer l’équipe qui filme le ministre. C’est le méta sur méta sur méta sur méta."

Une liberté qui passait aussi par le choix d’acteurs peu connus ou inconnus, venus principalement du théâtre afin de former une véritable troupe "où chacun, au fil des 28 jours de tournage, apporte son feedback". Une liberté poussée jusque dans le format des épisodes puisque certains font 30 minutes et d’autres 42…

Sa plus grande satisfaction est la diffusion côté francophone. "Quand le radar de Be TV a fait bip sur ma série, ça a vraiment fait du bien car on ne travaille plus dans un petit coin, on entre dans l’arène belge. Je suis bruxellois et je sais comme c’est difficile pour des francophones d’aller vers une série flamande qui n’est pas doublée et qui parle de politique. Mais Be TV a insisté et m’a envoyé un contrat dans les 24h. Ça a rendu fière toute l’équipe."

De quoi enterrer le mauvais souvenir de la série Albert II sur laquelle il a travaillé comme script doctor et dont il ne tire, au contraire, aucune fierté.

Une réflexion est-elle déjà en cours pour une saison 2 ?
"Il y a possibilité de faire une saison 2 mais je ne veux pas faire celle qu'on imagine pour l'instant. C'est un journaliste qui m'a mis sur cette piste en me disant que j'étais quand même cynique. Ca m'a fait réfléchir même si c'est vrai qu'on est plus proche de Frank Underwood dans House of cards que de Potus* dans The West Wing. Je me suis posé la question de savoir si j'étais capable d'imaginer ce Potus… J'ai envie d'essayer mais je ne sais pas si la liberté qu'on va me donner sera aussi grande que pour ce projet-ci. De toute façon, il faut d'abord que celui-ci soit un succès sinon on ne me donnera jamais les moyens de faire le suivant."

Entretien: Karin Tshidimba

*Potus = President of the United States (acronyme utilisé aux States)

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