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Au service - très approximatif - de la France

au service 1.jpgPeut-on rire de la bêtise, de la fatuité, du racisme et du machisme ordinaires des services secrets français dans les années 60 ?
C'est le pari de la nouvelle série d'Arte, Au service de la France**, une parodie signée par Claire Lemaréchal et Jean-André Yerles - déjà associés sur la série Fais pas ci, fais pas ça -, et cosignée par Jean-François Halin, l'un des scénaristes du film OSS 117.

On y suit Hugo Becker - l'ex-apprenti de la série Chefs sur France 2 -, tenter de devenir un véritable espion en suivant l'enseignement de trois agents d'élite. Très vite, pourtant, l'absurdité d'un système archaïque où tout est considéré comme « confidentiel » ou potentiellement dangereux lui saute aux yeux, tout en interrogeant ses nobles idéaux. Malgré l'incongruité des situations qui s'emballent et l'incompétence de ses mentors aux intérêts «divergents», André Merlaux tente de garder le cap et d'accomplir son devoir.

L'affaire ne sera pas aisée car, contrairement à ce que le jeune homme croyait, sa mission consiste surtout à ne prendre aucune initiative hasardeuse risquant de «provoquer la troisième Guerre mondiale». En revanche, il lui est fortement conseillé d'apprendre «à devenir ami avec les Allemands, à garder l’Algérie française, à préserver l’empire colonial et à faire grève». Gardiens du temple bien plus que de la sécurité nationale, les collègues du jeune Merlaux entretiennent la nostalgie d'une France riche et fière représentant l'élite des nations alors qu'ils sont le plus souvent réduits à apposer sur chaque formulaire le bon coup de tampon.

au service 2.jpgL'art du pot de départ, de l'apéro à 17h, de la note de frais et du debriefing de fin de mission semble un apprentissage bien plus important que la connaissance fine de la géopolitique ou des langues étrangères pour devenir la crème des espions hexagonaux. Ces vérités, le jeune André Merlaux va les découvrir à son corps défendant au fil d'une formation chaotique. Dans un monde policé, absurde et faussement feutré, où l'habit (en l'occurrence le costume chic et bien taillé) compte bien plus que la justesse ou la pertinence de l'ordre de mission. Un univers parallèle où la bureaucratie tatillonne est érigée en art de vivre.

Passé par l'école des Guignols de l'info et de Groland, le scénariste Jean-François Halin s'emploie surtout à «taper où cela fait mal», notamment en pastichant les grands films d'espionnage et en ciblant de «tous petits bonshommes obsédés par des choses superflues alors qu'ils sont au coeur de problématiques bien plus vastes et sérieuses».

Le résultat est parfois inégal mais l'intrigue nous embarque dans le Paris de 1960 et ne dédaigne pas quelques clins d'oeil à la série Mad Men, atmosphère, ambiance de bureau et look obligent. Quant à la rencontre entre André Melraux et une jeune modiste aux idées «modernes», elle saupoudre cette comédie caustique d'une fine couche de romantisme.

KT

 

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