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Black Mirror: les sombres reflets des écrans

black mirror.jpgTrois épisodes suffisent à vous mettre KO. Avec Black Mirror***, Channel 4 réputée pour ses audaces et sa liberté de ton (Utopia, c'est elle aussi), lance une attaque frontale contre la télévision voyeuriste et avilissante et, au-delà, contre notre fascination grandissante vis-à-vis des écrans. Charlie Brooker, chroniqueur médias, devenu réalisateur et scénariste, a créé cette collection qui sonde, en 6 épisodes, notre rapport parfois très glauque aux nouvelles technologies. Un seul épisode suffit d'ailleurs à convaincre que les mots ne sont pas trop durs.

Dans cette collection ou anthologie, chaque épisode est indépendant par l'intrigue et les personnages présentés, mais tous partagent une thématique commune. En l'occurrence, ici, nos pires cauchemars en terme de rapports aux images. Pour dénoncer les dérives de la télévision, Charlie Brooker, et Jesse Armstrong, pour le troisième épisode, ont recours à une thérapie de choc, volontiers outrancière et délibérément dérangeante...

Présentée en avant-première, dimanche soir au Festival Séries Mania à Paris, la série arrive ce jeudi 1er mai à 22h30 sur France 4

Ainsi dans L'hymne national, il imagine le Premier ministre britannique contraint de s'humilier de façon abjecte au cours d'une retransmission en direct sur la télévision et le net afin de sauver la vie de la princesse royale Susannah, enlevée par un groupe inconnu. Toute la démonstration de Brooker repose sur la réaction des médias, du grand public, des instituts de sondage, sur le rôle des réseaux sociaux... Et sur la nausée qu'une telle mise en scène est censée provoquer. Soit les reflets noirs d'un société où chacun semble sur le point de perdre son âme ou prêt à la jouer aux dés. Une vérité crue et subversive, un ton provocant mais aussi un culot et une créativité qui sont souvent l'apanage des créations britanniques.

Le deuxième épisode, baptisé 15 millions de mérites remet en selle un monde façon «1984» de Georges Orwell dans une version plus radicale encore car le programme imaginé par «Hot Shot» ne vise pas seulement à surveiller étroitement les individus mais aussi à les lobotomiser, voire même à les pousser à prendre part au spectacle abrutissant offert à leurs contemporains. En pariant sur leur envie de s'évader d'une vie standardisée ou en flattant, au contraire, leur désir (secret) de célébrité, il expose les dessous sordides de la téléréalité..

Enfin, le troisième, Retour sur Image, également inscrit aux frontières de la science-fiction, imagine une société dans laquelle plus personne n'aurait droit à l'oubli et où les souvenirs, directement accessibles à tous, deviendraient le lieu d'une nouvelle bataille de la mémoire et de l'interprétation. Un contrôle des destins individuels qui est surtout source de paranoïa et révèle un futur parfaitement glauque dans lequel on ne voudrait surtout pas être projeté.

On le voit, au-delà de la satire sociale et de la provocation, toutes les intrigues tournent autour de questions d'éthique et de morale. Ce faisant, Black Mirror offre une vision définitivement dérangeante de la société qui devrait conforter dans leurs constats les plus pessimistes et secouer durablement tous les autres. Voilà un programme qui ne réconciliera certainement pas avec la télévision tous ceux qui la jugent excessivement cynique et angoissante.
Chaque épisode (45 minutes) se révélant éprouvant, France 4 a choisi de les diffuser un par un.
Pour rappel, la saison 1 a été sacrée meilleure mini-série aux International Emmy Awards en 2012. Et une troisième saison est en cours d'écriture.

KT, à Paris

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