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L'Amérique soigne son traumatisme

Homeland

homeland.jpgDimanche soir, la 64e cérémonie des Emmy Awards a consacré des sujets politiques et contemporains. "Homeland" et "Game change" s'imposent côté drames, "Modern Family" persiste côté comédies. "Mad Men" repart bredouille.

Malgré l’alcool, l’élégance et le glamour, Madison Avenue a dû s’incliner face au Pentagone. Qu’on ne se méprenne pas : même s’ils ont échoué à décrocher l’Emmy Award de la meilleure série dramatique, malgré 17 nominations au total, les “Mad Men” n’ont pas du tout démérité. Car il était difficile, voire impossible – même après quatre ans de règne sans partage –, de résister à l’appel des soldats “présumés retournés” de la série “Homeland”. Une thématique qui agit comme une lame de fond bien au-delà des Etats-Unis.

Bâtie sur le thème de “l’ennemi intérieur”, la nouvelle création de la chaîne Showtime a fait le buzz dès les premiers épisodes diffusés en octobre 2011. Dix ans après les attentats, cette histoire de soldats, libérés après huit années de captivité en Irak, a ravivé les souvenirs du 11 Septembre. Pas pour prôner le retour de la “chasse aux sorcières” mais pour interroger nos préjugés, comme l’expliquait Howard Gordon, l’un de ses créateurs, rencontré, en juin, au dernier Festival de Monte-Carlo.
“L’idée était de présenter la complexité des questions qui se posent dix ans après le 11 Septembre. L’opposition entre liberté et sécurité, bien sûr, et la question de la peur, aussi. Devons-nous avoir peur et jusqu’à quel point ?”

Adaptée de la série israélienne “Hatufim”, “Homeland” est assez différente de son modèle initial.
“La version originale explorait la question des négociations autour du sort des otages, une question très sensible en Israël. C’était un drame familial sur le prix de la guerre, un prix chèrement payé par les soldats et par les familles. Dans ‘Hatufim’ ne figurait aucune référence aux agents du gouvernement. Nous avons donc pas mal changé le concept en fonction de ce qui entrerait le plus en résonance avec le public américain. Afin que les questions posées et les conséquences envisagées soient plus imposantes. L’hypothèse des soldats retournés me semblait vraiment intéressante", poursuit Howard Gordon, scénariste et producteur d’“Homeland”, couronnée de six Emmy Awards ce dimanche.

Au cœur de la série s’inscrit le jeu du chat et de la souris auxquels se livrent Claire Danes, alias l’agent Carrie Mathison, et Damian Lewis, qui campe le sergent Nicholas Brody, de retour chez lui après huit longues années de captivité en Irak. D’emblée, celle-ci le soupçonne d’être le soldat “retourné” dont lui a parlé l’une de ses contacts en Irak. Soit un futur terroriste en puissance à la solde du redoutable Abu Nazir.
Obsédée par l’idée de laisser passer un indice qui pourrait mener à une nouvelle catastrophe, Carrie décide de l’espionner sans mandat défini ni supervision. “Je veux juste m’assurer que nous ne soyons pas touchés à nouveau. Nous avons raté quelque chose la fois passée, je ne peux pas laisser cela se reproduire”, insiste-t-elle, en vain, auprès de ses supérieurs.
Dans le même temps, le public comprend que Carrie souffre de bipolarité. La jeune femme est-elle psychotique, parano ou ce qu’elle pressent a-t-il un réel fondement ? Dans ce rôle très borderline et tout en finesse, Claire Danes, une fois encore, excelle. Raflant à juste titre l’Emmy Award de la meilleure actrice dans un drame.


“Carrie Mathison est ce jeune agent de la CIA que personne ou presque n’écoute et qui reste obsédé par le 11/9. La question du genre n’est que l’une de celles abordées par la série”, souligne Howard Gordon.
Face à elle, un Damian Lewis sur le fil, soldat et père visiblement ravagé par des années de privation et de mauvais traitements, acteur également couronné pour son rôle. Malgré la douleur et les stigmates, on ne peut en effet s’empêcher de s’interroger : quel a été le prix à payer pour avoir la vie sauve ?

"Les feuilletons sont comme des romans dans lesquels vous vous immergez, les gens aiment être personnellement impliqués dans les histoires”, conclut Howard Gordon. Les Emmy Awards semblent lui donner raison puisque, dans la catégorie des drames, ce sont les destins extra-ordinaires et les thématiques contemporaines qui ont surtout séduit le grand jury.
Ainsi, le téléfilm “Game change” et son portrait de l’ex-égérie républicaine Sarah Palin (campée par l’étonnante Julianne Moore), lors de la campagne présidentielle de 2008, est l’autre grand vainqueur de la soirée.

Quant à la saison 2 d’“Homeland”, elle est attendue le 30 septembre aux Etats-Unis. La saison 1, déjà diffusée sur Canal +, arrive le 29 décembre sur Be tv.
KT

Homeland. Drame de Howard Gordon et Alex Gansa, avec Claire Danes, Damian Lewis, Mandy Patinkin. Diffuseur: Showtime. 24 épisodes + 12 en cours de production. Début: octobre 2011. Photo: Showtime.

Lien permanent Catégories : Drame, Politique, Prix 0 commentaire 0 commentaire

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